eXTReMe Tracker
Get Adobe Flash player
Ours & poupées Archives de la poupée Les poupées en feutre de STEIFF

Les poupées en feutre de STEIFF

L’univers feutré des poupées

Une exposition temporaire consacrée aux poupées Steiff en feutre

 

Du 16 mai au 10 octobre 2004, le Musée de la Maison de Poupée de Bâle a présenté quelques 70 poupées originales Steiff en feutre. Sur 15 m2, on découvre un chapitre unique et authentique de l’histoire des poupées dans les années 1920, ainsi que les fruits de la collaboration de l’entreprise familiale Margarete Steiff GmbH avec l’artiste Albert Schlopsnies.

 

Les débuts de l’art des poupées Steiff

C’est vers 1890 que la jeune entreprise familiale Steiff à Giengen sur la Brenz, dirigée par Margarete Steiff (1847–1909), crée ses premières poupées. Quelques années plus tard, vers 1894, 17 types de poupées forment une gamme complète. L’entreprise les décrit comme des „poupées lavables dotées d’un corps et de vêtements en feutre, ainsi que de têtes incassables“. – Au début, les têtes incassables ne sont pas fabriquées par Steiff, mais achetées à des industriels allemands spécialisés dans les poupées. On n’en sait pas plus à ce sujet, car les archives ne mentionnent pas de données d’origine précises.

 

Poupées de caractère

Chez les fabricants de poupées américains, la mode est à l’utilisation de nouveaux matériaux et de tissus variés. C’est ainsi qu’on voit apparaître les „poupées d’artistes“. Richard Steiff crée lui-même vers 1903 ses premières poupées en feutre et velours. Celles-ci semblent avoir disparu. Mais comme il en existe encore quelques exemplaires dans les archives Steiff, on peut en faire une description exacte. Leur visage de forme primitive est en velours de couleur chair, traversé par une couture verticale, leurs yeux noirs et ronds sont en boutons de bottines, leurs cheveux et leurs traits sont peints; par la suite, elles portent des perruques en peluche. Au lieu des „visages de poupée“ uniformes des porcelaines, elles ont des traits individualisés – d’où l’appellation de „poupées de caractère“. Leur corps est en feutre ou en velours, leurs bras et leurs jambes sont articulés par des disques. Leurs proportions correspondent environ à celles d’un enfant de un à deux ans. On peut retirer leurs vêtements et leurs sous-vêtements.

 

Contrairement aux poupées de porcelaine rigides et fragiles répandues jusqu’alors, ces poupées sont faites d’un feutre souple et doux. En outre, corps et tête sont bourrés de kapok (fibre végétale très légère). Il est dit que ces nouvelles poupées sont indestructibles et résistent à tous les jeux. On peut les habiller et les déshabiller entièrement. Il est intéressant de noter que l’on considère au début qu’elles sont plutôt conçues pour les adultes.

 

Avec leur air vivant et charmant, ces poupées novatrices inspirent quelques craintes à l’industrie traditionnelle. Les expositions dans les grands magasins et dans les boutiques de jouets contribuent à leur succès. À la foire de printemps de Leipzig en 1908, la poupée de caractère fait sensation avec ses cheveux en mohair et son corps en feutre rembourré. Un an auparavant, en 1907, Franz Steiff obtient même des autorités américaines un brevet pour les têtes de poupées en feutre. On peut donc considérer que Steiff a été la première entreprise à fabriquer des poupées de caractère rembourrées.

 

Marionnettes

C’est vers 1910 que Steiff décide de donner corps à l’humour avec ses poupées. C’est ainsi que naissent les musiciens de village, par ex., ou l’instituteur avec ses élèves (qu’on peut voir dans l’exposition actuelle), ainsi que bien d’autres personnages caractéristiques de la ville et de la campagne. Ces joyeuses marionnettes apportent un vent frais dans le commerce des jouets: elles attirent de nouveaux acheteurs et font grossir le chiffre d’affaires. La publicité dit:

 

„Ces poupées Steiff articulées sont incassables. Leurs membres n’adoptent que des positions naturelles et ne grincent pas. Ni rigides ni lourdes. On ne peut pas se blesser avec elles. Leur peinture ne déteint pas. Rembourrées avec de la fibre de bois pour conserver leur forme plastique. Vêtements raffinés dans les moindres détails. Chaque article porte comme marque de garantie le célèbre «bouton dans l’oreille»“.

L’ère Schlopsnies: les premières pièces d’exposition mécaniques

Le jour où l’artiste munichois Albert Schlopsnies vient à la fabrique de Giengen montrer ses marionnettes, des opportunités entièrement nouvelles s’ouvrent pour lui comme pour l’entreprise Steiff. Richard Steiff remarque tout de suite le formidable talent de Schlopsnies et souhaite en profiter pour créer d’autres poupées.

 

C’est en 1910 qu’Albert Schlopsnies devient conseiller de Steiff qui ne l’engagera néanmoins jamais directement. Il est chargé de veiller à la conception artistique des pièces d’exposition, des catalogues, de la publicité, etc. Rejeté catégoriquement par les frères de Richard Steiff, le Munichois Schlopsnies doit sa longue collaboration avec l’entreprise à la solide position de Richard au sein de celle-ci.

 

Grâce à l’inventivité et au savoir-faire de Schlopsnies, un nouveau chapitre de l’histoire des créations de Steiff commence. La gamme des poupées de caractère et des marionnettes se développe considérablement. En 1910, elle comporte des animaux qu’on peut faire bouger avec des fils, ainsi que des groupes de poupées statiques pour les vitrines. Ce sont les prédécesseurs des célèbres pièces d’exposition mécaniques dont on voit un premier exemplaire en automne de la même année dans le grand magasin Wertheim à Berlin: le grand cirque Steiff. Inspiré par le cirque Sarrasani, il possède plusieurs manèges et de nombreuses poupées animées mécaniquement qui imitent presque fidèlement les mouvements des acrobates.

 

Diversité et évolution de la poupée de caractère

On peut mesurer la popularité et le succès de la poupée de caractère au conflit qui surgit entre la Société Steiff et le fabricant Kämmer & Reinhardt au sujet de la paternité de l’appellation „poupée de caractère“. Bien que le fabricant sorte officiellement gagnant parce qu’il a fait enregistrer très vite un brevet, Steiff continue à utiliser ce terme dans ses catalogues jusque dans les années vingt sans que Kämmer & Reinhardt n’intente une action.

 

Plus de 270 modèles de poupées sont présentés dans le catalogue Steiff de 1911/12. La poupée de caractère en feutre est décrite avec une foule de détails. Il est dit par exemple que son costume est fidèle à l’original, qu’on peut lui ôter ses vêtements, ainsi que peigner et brosser ses cheveux brillants frisés une fois mouillés. La gamme variée propose des personnages célèbres, comme le „Struwwelpeter“ (l’ébouriffé) ou les soldats Steiff dans leurs uniformes nationaux et internationaux (allemand, hollandais, américain, anglais, français, etc.). Qu’il s’agisse d’officiers, de sergents-majors ou de simples fantassins, leurs accessoires tels que fusils, épées ou havresacs sont reproduits avec le plus grand soin.

 

Dans la gamme, on trouve également des policiers de différentes nationalités, des footballeurs, des marins et même le comte Zeppelin. Sans compter des poupées en costume d’écolier, de plage, de bain ou de sports d’hiver, des bébés et des esquimaux. Parmi les poupées de caractère existent aussi ce qu’on appelle les „originaux en costume“ qui, comme leur nom l’indique, portent divers costumes intéressants. Des accessoires sont disponibles pour toutes les poupées Steiff, aussi n’est-il pas exceptionnel à l’époque que mainte chambre d’enfants se transforme en spectacle vivant. En cirque, par exemple, ou en cour de caserne avec son puits, ses barres parallèles et son stand d’assaut.

 

En 1913, Steiff lance sur le marché d’autres modèles de poupées. Outre de nouveaux types de garçonnets et de personnages en uniforme, on trouve différents corps de métier: bouchers, cordonniers ou menuisiers, par exemple. S’y ajoutent des nains et de grandes poupées de 100 cm, comme un Indien et un Mexicain. A partir de 1915, la gamme s’enrichit de poupées avec des équipements de sport complets – skis Steiff, bâtons de skis, gants en feutre.

 

En 1916/18, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, d’autres poupées sont très populaires: soldats turcs, italiens, russes et autrichiens, ainsi qu’un cosaque en uniforme de parade. Le choix des poupées de caractère au visage d’enfant se développe également. De 1916 à 1926, Steiff crée surtout des poupées portant des prénoms allemands caractéristiques comme Berta, Erika, Grete ou Lisa.

 

La technique Aprico de Schlopsnies

En 1921/22, Albert Schlopsnies invente pour Steiff un nouveau type de poupées, appelées poupées Schlopsnies Aprico. La tête en celluloïd, qui fait partie de la gamme standard, est livrée par Schildkröt, une entreprise rhénane de caoutchouc et de celluloïd située à Mannheim. La particularité de cette technique tient au fait que Steiff ouvre la tête, la peint de l’intérieur, puis la bourre de fibre de bois. Ces poupées ont toutes une plaque ronde de 6,5 cm de diamètre à l’arrière du crâne.

 

La poupée Schlopsnies Aprico est considérée comme une nouveauté sensationnelle et présentée en détail en 1922 dans le catalogue Steiff. Elle mesure 40 cm, a des cheveux blonds ou bruns et ne parle pas. Le corps de cette poupée réputée entièrement incassable est rembourré et recouvert d’un très fin feutre de laine. Tête et jambes sont articulées avec des disques. Les bras cousus pendent le long du corps. Les proportions correspondent à celles d’un enfant de 3 ans. Les vêtements sont conçus par des artistes et travaillés avec le plus grand soin. On peut habiller et déshabiller à volonté cette poupée.

 

Mais sa principale caractéristique reste la tête incassable grâce à la nouvelle technique Aprico. La peau de pêche lavable est absolument inrayable. Toutefois, comme le succès escompté se fait attendre, la poupée Schlopsnies Aprico n’est proposée que pendant 5 ans à peine (jusqu’au milieu des années vingt).

 

Déclin, renaissance et ère nouvelle des poupées en feutre

En 1929, seules trois marionnettes au visage en feutre sont encore au programme. En 1933 s’y ajoutent trois soldats articulés en feutre dont la tête tourne. On présente en outre une nouveauté, un petit bonhomme en feutre jaune portant un chapeau en feutre vert. En 1935 arrive un nouveau type de poupée de caractère avec la tête en celluloïd (de Schildkröt). Il s’agit d’un nourrisson qui ne figure pas longtemps dans la gamme.

 

En 1936 apparaît un clown, la première marionnette au visage en feutre pressé – imperméable au lavage, selon le catalogue. Le corps rembourré a des bras et des jambes souples. Le clown est livré avec un costume en tissu, une collerette et un chapeau. Il possède une voix et des yeux marrons en verre aux pupilles noires. D’année en année, d’autres modèles de cette poupée en feutre pressé sont créés, y compris de grandes versions de 43 cm. En 1938 sont fabriqués des couples en costumes traditionnels comme Seppl et Lisl. La production dure jusqu’au début des années quarante, puis reprend après-guerre jusqu’en 1952.

 

Plus de vingt ans passent avant que Steiff ne reprenne la fabrication dans les années soixante-dix. L’entreprise propose des poupées façonnées en matière synthétique (lavable). Dernier point fort de la production en 1987: la série limitée des répliques de modèles en feutre d’avant la Première Guerre mondiale. Cette fois non pas pour les enfants, bien sûr, mais pour les collectionneurs. De nos jours, il est hélas très rare de trouver d’anciennes poupées originales Steiff en feutre en bon état, car ce matériau est particulièrement délicat.

Même si l’entreprise Steiff doit surtout sa réputation internationale à l’invention de l’ours en peluche (1902), elle compte aussi parmi les plus importants fabricants de poupées du monde grâce à ses créations variées d’une grande valeur artistique.

Sur environ 15 m2, le Musée de la Maison de Poupée de Bâle présente à ses visiteuses et visiteurs, dans un environnement idyllique, 70 poupées originales Steiff en feutre. Elles viennent pour la plupart de la pièce d’exposition „Le moulin dans les terres“ de 1926 qui fait partie des créations d’Albert Schlopsnies. Le petit peuple miniature est constitué de villageois et de paysans caractéristiques, occupés à leurs tâches quotidiennes, et reproduits avec humour et réalisme. La scène comporte entre autres les éléments suivants:

 

Sur un pont, un âne têtu avec sa carriole et son maître. Au lavoir du village, des paysannes bavardent tout en travaillant. Deux femmes et deux hommes battent le blé. Le pompier essaie d’éteindre un incendie tandis que le policier surveille. Au bord d’une petite rivière, deux pêcheurs tentent leur chance pendant que l’instituteur donne une leçon de sciences naturelles à ses élèves.

Mis à jour (Lundi, 06 Février 2017 10:20)